Une rencontre plutôt étonnante - Nancy Pollard

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Une rencontre plutôt étonnante

Une rencontre plutôt étonnante - Nancy Pollard

Je lisais sur un banc dans un jardin public, un article sur le Surendettement de la population, quand j’ai vu, sur une jeune femme, un manteau magnifique. Une longue peau de mouton teinte en orangé la recouvrait des pieds au menton. C’était le manteau de mes rêves. Je n’osais pas l’aborder pour l’interroger sur la provenance de son pardessus. Par un enchaînement de circonstances, j’ai pu avoir les informations que je voulais. Le vent, glacial, s’est mis à souffler et le couvre-chef de la femme s’est envolé. C’était un feutre mou à larges bords, ceint d’une lanière en cuir nouée. La bourrasque apporta jusqu’à mes pieds le chapeau, que je ramassais. En courant, la personne vêtue de cette splendide pelisse teintée en orange est venue vers moi. Elle était essoufflée quand elle est arrivée à ma hauteur. Ses cheveux roux bouclés étaient tout emmêlés par le vent.

Elle reprit son souffle avant de me remercier. Le gardien du jardin nous a prévenues de la fermeture imminente du lieu, et nous sommes sorties en discutant. Alors que nous allions nous séparer, sur le trottoir, je l’ai complimentée sur sa tenue. Elle avait tout eu dans une boutique dont elle me donna l’adresse. C’était un mardi soir et je ne pouvais pas me libérer avant la fin de semaine. Le samedi, le froid sévissait, mais je fus courageuse. Ma motivation pour trouver ce nouveau vêtement était grande et ne faiblissait pas, au contraire. Toute la semaine, j’ai pensé à cette pelisse. Je m’enthousiasmais, puis je pensais à la possibilité qu’elle ne soit plus en vente. J’étais tour à tour pleine d’entrain, puis je sombrais dans la mélancolie la plus profonde.

Arriva le jour tant attendu et je me suis préparée en pensant à toutes les éventualités. Une alerte avait été lancée pour une grosse chute de neige. Je m’étais levée tôt, car le bulletin météorologique avait prévu ce phénomène en début d’après-midi. J’ai mis un gros pull et des bottes fourrées, après quelques hésitations, car je ne supporte pas d’être trop couverte dans les boutiques, souvent surchauffées. Dans la rue, je constatais que d’autres passants se pressaient sur les trottoirs. Une dizaine de minutes de marche à pied me séparait de la boutique de prêt-à-porter. Mes craintes étaient infondées ; j’ai pu m’acheter la même peau de mouton retournée que la personne que j’avais rencontrée, et je suis repartie avec une bonne humeur qui m’est restée tout le weekend.